Inciter les citoyens à gérer leurs déplacements autrement

Le projet de "Lissage des pics du trafic routier" mis en œuvre par Egis à Rotterdam aux Pays-Bas, a été distingué à deux reprises par le Prix de l'innovation Le Monde-Smart cities, qui récompense des solutions innovantes pour améliorer la vie urbaine.

En 2008, l’État néerlandais décide de mobiliser des fonds européens pour développer de nouvelles solutions de mobilité dans le but de fluidifier la circulation sur les autoroutes et voies péri-urbaines aux heures de pointe. Après cinq ans d’expérimentation, certains de ces projets pilotes sont aujourd’hui arrivés à maturité et entament une nouvelle phase de déploiement. Focus sur l’approche de BNV Mobility, une nouvelle société d’Egis.

Les Pays-Bas sont l’un des pays européens qui ont la plus forte densité de population. Autre particularité ? Pratiquement toutes ses liaisons routières sont gratuites.

Comment réduire le trafic aux heures de pointe sans installer d’infrastructures routières supplémentaires ? BNV Mobility propose une solution innovante : appliquer à la mobilité le système des heures pleines/heures creuses employé pour l’énergie… avec un petit bonus !

Imaginer un système incitatif

"Il existe de nombreuses études de trafic routier et on sait notamment qu’en le réduisant de 10 %, on parvient à rendre fluide une autoroute congestionnée", explique Elena Umanets, en charge du développement de services innovants de la mobilité à Egis Projects. "Pour faire évoluer les habitudes de déplacement des usagers, nous sommes partis du principe qu’il serait plus efficace de susciter leur adhésion plutôt que de les contraindre, par exemple en rendant la circulation payante. Nous avons donc conçu un dispositif dans lequel les utilisateurs qui accepteraient de modifier leur comportement seraient récompensés". Une idée qui a fait recette puisque BNV Mobility a remporté cinq appels d’offres aux Pays-Bas afin de mettre en oeuvre des projets pilotes sur des durées de 8 à 12 mois.

Détecter, identifier, sélectionner, vérifier puis récompenser les bonnes pratiques

Le système est une sorte de péage positif : lorsque les automobilistes acceptent de ne pas utiliser leur véhicule aux heures de pointe, soit en différant leur trajet soit en ayant recours au transport en commun, à un autre système de transport ou au covoiturage, ils touchent une gratification de quelques euros (de 3 à 8 euros). L’opération a été lancée par une campagne de communication dans les régions concernées. Des courriers et des mails ont expliqué le principe et proposé aux habitants de participer.

La condition ? Effectuer au moins quatre trajets réguliers par semaine. "Pendant deux mois, les participants ont été sélectionnés, les plus faciles à identifier étant ceux qui effectuent des allers-retours domicile/travail. Avec leur accord, nous nous sommes fait confirmer leur emploi du temps par leur employeur afin de constituer une base d’immatriculations pertinente. Pour mettre en place un contrôle fiable, simple et le moins onéreux possible, plusieurs solutions technologiques ont été déployées selon le type de projet : identification des véhicules, via les réseaux de caméras existants ; des déplacements, grâce au GPS des smartphones ou celui des boîtiers embarqués", complète Elena Umanets.

Du public au privé

Le système, développé à Rotterdam, rassemble 12 000 participants ; 4 100 trajets sont évités chaque jour et on constate 30 % de participation en moyenne par jour pour un crédit de 3 € en cash ou de 3,50 € sur une carte de transport. Fort de cette réussite, l’État néerlandais souhaite faire évoluer le modèle économique pour passer d’abord à un cofinancement public/privé puis à une prise en charge totale par le secteur privé.

"À Rotterdam, la meilleure gestion du trafic routier désengorge l’accès au port, ce qui bénéficie aux transporteurs. Il est donc normal que les sociétés privées qui en profitent participent au financement de ces opérations. On a aussi assisté à la réduction du nombre d’accidents : c’est un bonus que les sociétés d’assurance peuvent reverser dans le système", s’enthousiasme Elena Umanets. Des partenariats restent aujourd’hui à nouer qui pourraient rapporter des "primes" très diverses à l’instar des cartes de fidélité. Pour Egis, l’enjeu est aussi d’exporter ce concept hors des Pays-Bas, notamment dans les pays dans lesquels le groupe commercialise déjà d’autres services sous la marque Easytrip.