“Paris change d’ère” : le défi de la neutralité carbone en 2050

Des panneaux solaires sur les toits, des bâtiments à énergie positive, des véhicules propres dans les rues… Voilà à quoi pourrait ressembler Paris d’ici 2050 ! Ce scénario d’une cité « neutre en carbone » s’appuie sur une vaste étude prospective réalisée par les équipes d’Egis pour le compte de la Mairie de Paris.

Entretien avec Raphaël Ménard, directeur de la prospective et président d’Elioth, entité d’Egis, mandataire du groupement aux côtés d'Egis Conseil, Quattrolibri et Mana.

La neutralité carbone en 2050 est-elle possible ?

Raphaël Ménard : Oui, c’est un changement d’ère qui requiert des efforts tous azimuts et soutenus dans le temps. Notre étude propose de faire chuter les rejets carbonés de Paris de 50 % d’ici à 2030, puis de 80 % d’ici à 2050 (hors déplacements aériens).

Les transports représentent plus de la moitié des rejets de CO2. Comment y remédier ?

R.M. : Les Parisiens doivent adopter de nouveaux usages (covoiturage, autopartage, vélo), privilégier les transports en commun mais aussi le télétravail. Il faut aussi généraliser les véhicules « propres », électriques et hybrides. Ces mesures, plus celles prises à la marge pour le fret, permettraient d’atteindre 85 % de réduction d’émissions, avec des effets très positifs sur la qualité de l’air et le confort urbain.

Parlons transition énergétique. Le solaire est-il la solution miracle pour la « ville Lumière »?

R.M. : Le mix énergétique prévoira évidemment du photovoltaïque sur les toits de Paris (30 % environ), mais aussi des réseaux de chaleur et de froid en sous-sol et de grands parcs solaires (50 km2 en cumul) et éoliens (3 000 turbines environ) déployés hors de ses murs, pour compenser les émissions dues aux énergies fossiles. Paris, comme d’autres métropoles, catalysera l’évolution du mix électrique vers la disparition des énergies fossiles. C’est inévitable.

Dans 30 ans, Paris devrait compter 200 000 habitants de plus… Comment réduire la facture énergétique liée aux bâtiments ?

R.M. : Les bâtiments résidentiels et tertiaires (28 % des émissions carbonées), les logements sociaux et les copropriétés privées doivent être rénovés. Il faut aussi développer l’habitat partagé et les espaces de travail collaboratifs. Enfin, nous croyons aux matériaux de construction biosourcés, comme le bois, qui sont en mesure de piéger le carbone et aussi de limiter les émissions afférentes à l’acte de construire, tout en privilégiant des circuits courts d’approvisionnement et les filières de réemploi.

Des efforts seront-ils demandés aux Parisiens eux-mêmes ?

R.M. : Oui, tout un pan de notre étude est consacré à la transformation des modes de vie et de consommation des citadins, à commencer par l’alimentation (1/5e des rejets carbonés). La production de viande étant la plus émissive en CO2, l’alimentation sera moins carnée. L’agriculture urbaine privilégiera les circuits courts de distribution et le volume de déchets ménagers sera divisé par deux, avec une promotion de l’économie circulaire, pour bannir le gaspillage…

 

L'avis de la Mairie de Paris

"L’étude prospective « Paris change d’ère » menée par Egis est l'une des premières pierres de l'élaboration du nouveau plan climat de Paris. Elle a montré un scénario et une trajectoire de réduction des émissions vers la neutralité carbone, associé à un ensemble de mesures à la fois novatrices et poussant notre réflexion au-delà de notre zone de confort. Elle nous a aussi permis d'imaginer les nouveaux modes de vie dans une ville neutre en carbone."

Célia Blauel, adjointe à la Maire de Paris
en charge de l’Environnement, du Développement durable,
de l'Eau et du Plan Climat Energie.

 

Retrouvez l’étude sur le site web dédié : http://paris2050.elioth.com/

Contact : Raphaël Ménard, directeur de la prospective et président d’Elioth