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Fanny Guyot et Olivier Ledru
Activité Ville, groupe Egis
Published on 09 septembre 2020

Temps de lecture : 5 min

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Comment réconcilier la ville, la nature et les hommes ?

Souvent considérés comme antagonistes, l'espace urbain et la nature peuvent-ils cohabiter harmonieusement ? Cette question, tous les acteurs de l’urbanisme se la posent ! Chez Egis, nous considérons que les maux qui frappent aujourd’hui les centres urbains sont multifactoriels et imposent de réfléchir à de nouveaux standards d’aménagement pour que nos villes redeviennent des lieux de vie durables, apaisés et attractifs.

Ville durable

- Crédits : shark749 - AdobeStock

Aujourd’hui, l’évaluation des impacts de la croissance et de l’étalement urbains sur l’environnement ne se mesure pas seulement en tonnes de CO2 émises dans l’atmosphère, mais doit aussi intégrer d’autres paramètres tels que la dégradation de la qualité de l’air, des écosystèmes, les impacts sur la santé publique, l’alimentation et la gestion des déchets.

Proposer de nouvelles méthodes pour concevoir et aménager la ville, c’est donc agir directement sur l’une des principales composantes du problème écologique mondial. Chez Egis, nous proposons 10 principes d’aménagement qui permettent de renouveler complètement l’approche des projets urbains.

Nous avons ainsi fait le choix de cibler nos actions sur trois enjeux fondamentaux que sont la neutralité carbone, le bien-être des populations et le respect des milieux naturels et humains, afin d’accélérer la transition des villes actuelles minérales, énergivores et tentaculaires, vers des modèles plus efficients et plus denses (principes 2 et 5), plus inclusifs aussi (principe 4), tout en étant respectueux de l’environnement et du bien-être des habitants.

Pour la neutralité carbone

De plus en plus de pays et de villes s’engagent sur la voie de la neutralité carbone, à l’instar de Paris dès 2018, et plusieurs entités du groupe Egis accompagnent ces territoires dans leur démarche de transition.

Pour respecter l’accord de Paris signé en 2015 et limiter le réchauffement climatique à +2°C en 2100, nous devons restreindre nos émissions mondiales de CO2 à 1170 gigatonnes équivalent CO2 (GtéqCO2) d’ici la fin du siècle. Sachant que les émissions mondiales actuelles sont de l’ordre de 50 GtéqCO2 par an, si nous ne changeons rien, il ne nous reste que vingt-trois ans avant d’épuiser ce "budget carbone mondial"… Et seulement huit, si l’on se limite à +1,5°C, comme le préconisent les scientifiques. C’est pourquoi nous devons agir immédiatement, selon trois grandes catégories d’actions : éviter, réduire et compenser. Pour nous, professionnels de la construction, l’une des solutions serait notamment de construire avec moins de béton, au profit de matériaux moins émissifs comme le bois, (principe 1), ou encore d’encourager des modes de déplacement plus vertueux, via la conception d’infrastructures et services de transport adaptés (principe 3).

Pour le bien-être des populations

Nous sommes aujourd’hui, partout dans le monde, confrontés à plusieurs défis : croissance démographique, espérance de vie plus longue, urbanisation grandissante, modification des cellules familiales et creusement des inégalités de revenus, notamment dans les grandes villes.

La question est donc de savoir comment concevoir une ville multiusage sensée satisfaire simultanément des besoins multiples. Comment créer une qualité de vie partagée ? Face à cette nécessité de "faire société", les lieux physiques apparaissent comme des sites particulièrement stratégiques, ouverts, égalitaires et sur lesquels les questions d’usages prennent place.

A l’heure de la révolution numérique, les espaces publics tels que les gares, les pôles multimodaux, les places, rues et boulevards sont les lieux où les échanges, les services et le commerce se pérennisent. Nous voulons œuvrer pour que ces lieux autorisent la rencontre urbaine et permettent de retisser du lien (principes 4 et 8). Or, plus il y a d’usages possibles pour un lieu donné (manger, s’asseoir, se déplacer, se divertir…), plus cela bénéficie à la qualité des espaces que nous concevons (principe 6). Les espaces publics et les usages associés nous semblent ainsi être un enjeu fondamental pour inventer une nouvelle façon de vivre la ville.

Pour le respect des milieux naturels et humains

Notre civilisation a un impact destructeur sur les milieux naturels et la biodiversité… En cause ? Des pratiques agricoles intensives, le recours massif aux pesticides, la prolifération des déchets et des polluants, mais aussi l’artificialisation des sols qui provoque la destruction et la fragmentation de l’habitat des espèces vivantes…

Alors que faire ? D’abord, revenir à des solutions de bon sens, que l’Homme a patiemment forgées avec le temps, dans le respect et l’observation de la nature. Cela implique de tenir compte de l’histoire, des cultures, du patrimoine, des savoir-faire parfois ancestraux développés par l’Homme (principe 10).

Dans nos projets urbains, cela se traduit par exemple, par des bâtiments bas carbone et bioclimatiques (principe 1), par une résilience optimisée de nos infrastructures (principe 7), mais aussi par une requalification de nos espaces publics (principe 8). Quels que soient les principes que nous préconisons sur cet enjeu, tous ont en commun de redonner toute sa place à la nature en ville, du fait des multiples bénéfices qu’elle apporte. La végétation absorbe par exemple une grande partie des eaux de pluie, apporte de la fraîcheur en ville, filtre les particules de pollution… Avec les sols, la végétation stocke le carbone et fournit de l’oxygène. Nos bâtiments aussi peuvent être végétalisés avec des plantes locales pour favoriser la biodiversité, ce qui libère du même coup de nouveaux espaces et corridors pour la faune urbaine. En reliant par des infrastructures adaptées les espaces naturels entre eux, nous garantissons les continuités écologiques (principe 9). Face aux berges artificialisées, qui augmentent le risque d’inondation, il convient de renaturer les rivières urbaines mais aussi de rétablir des zones d’expansion des crues afin que nos villes soient plus résilientes aux risques (principe 7).

A chaque contrainte, sa solution. Ses opportunités aussi ! Car le monde que nous souhaitons pour nous épanouir ne se limite pas simplement à un monde où les risques sont maîtrisés et réduits. Le lien social, la recherche de sens, l’harmonie avec les autres et l’environnement, à travers un cadre de vie qui nous ressemble, sont indispensables pour brosser une image positive et attractive de l’avenir et faire émerger ce mode de vie durable que nous appelons tous de nos vœux.

 

 

Les auteurs


Fanny Guyot,

Chef de projet, activité Ville, groupe Egis

 


Olivier Ledru,

Directeur innovation ville durable, groupe Egis

 

 

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