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Fanny Guyot et Olivier Ledru
Activité Ville, groupe Egis
Published on 18 février 2020

Temps de lecture : 5 min

Pour des villes durables, apaisées et attractives

Réchauffement climatique, crise sociale, effondrement de la biodiversité… où en êtes-vous par rapport à ces trois grandes réalités du monde d’aujourd’hui ? Optimisme ? Indifférence ? Peur ou sentiment d’impuissance face à la complexité des enjeux ?...

Pour une ville durable, apaisée et attractive

- Crédits : vitpho Thinkstock

Nous sommes à un moment clé de l’histoire de l’Homme sur notre planète. Nous croyons qu’un futur durable est encore possible pour l’humanité et l’ensemble du vivant, à une condition : que nous passions maintenant de la parole aux actes.

Responsables de plus de 70 % des émissions de dioxyde de carbone, hôtes de plus de 55 % de la population mondiale, les villes sont un lieu clé où se joue le futur durable. Nous voulons agir pour des villes durables, apaisées et attractives.

Nous vous invitons maintenant à découvrir ce que nous pouvons changer dès maintenant au travers de nos projets urbains, par un prisme volontairement ciblé autour de trois grands enjeux qui nous tiennent à cœur : la neutralité carbone, le bien-être des populations et le respect des milieux naturels et humains.

Pour la Neutralité Carbone

Si nous voulons limiter le réchauffement climatique à +2°C en 2100, c’est l’accord de Paris signé en 2015, nous devons limiter les émissions mondiales de CO2 d’ici à 2100 à 1170 gigatonnes équivalent CO2 (GtéqCO2). Sachant qu’à l’heure actuelle, si nous ne changeons rien, les émissions mondiales annuelles sont de l’ordre de 50 GtéqCO2 par an, il ne reste que vingt-trois ans avant d’épuiser ce « budget carbone mondial ». Dans vingt-trois ans, nous serons en 2043, très loin de 2100… Si nous voulons limiter non pas à +2°C mais à +1,5°C, ce qui est la recommandation des scientifiques, nous aurons atteint le budget plafond dans… 8 ans.

C’est la raison pour laquelle nous devons agir maintenant, selon trois grandes catégories d’actions : éviter, réduire et compenser.

Appliqué à notre vie quotidienne et nos métiers, nous pouvons par exemple arrêter de manger de la viande ou réduire notre consommation de viande et manger des produits locaux ; nous pouvons renoncer à venir au travail en voiture, faire plus de télétravail ou laisser davantage notre voiture au garage, si nous en possédons encore une ; pour nous professionnels de la construction, nous pouvons chercher à arrêter de construire avec des matériaux fortement émetteurs de CO2 comme le béton, ou construire avec moins de béton, au profit du bois par exemple, ou encore utiliser des bétons à faibles émissions…

Éviter et réduire sont nos défis numéro un. Nous devons résolument, et immédiatement, réussir à faire baisser nos émissions de CO2, grâce à des changements individuels et collectifs. Mais toutes les études le montrent : éviter et réduire ne suffiront pas. Nous devons aussi compenser, c’est-à-dire trouver des moyens de capturer le surplus de carbone émis dans l’atmosphère. L’exemple le plus connu est de planter des arbres, qui sont de grands puits à carbone.

Appliqué à l’échelle d’un territoire, d’une ville, d’une organisation et même d’un ménage, l’objectif de changement à atteindre se résume ainsi : atteindre la neutralité carbone en 2050.

De plus en plus de pays et de villes s’engagent sur cette voie, à l’instar de Paris dès 2018, et plusieurs entités du groupe Egis accompagnent ces territoires dans leur démarche de transition.

Pour le bien-être des populations

Parler du bien-être des populations, c’est parler de l’importance de la constitution d’une ville durable et agréable à vivre pour les femmes et les hommes.

Nous sommes aujourd’hui, partout dans le monde, confrontés à plusieurs défis : croissance démographique, urbanisation grandissante, espérance de vie plus longue, modification des cellules familiales et montée des disparités des revenus notamment dans les grandes villes.

Face à ces changements, faire société et vivre ensemble deviennent des enjeux primordiaux pour lutter contre les grands contrastes et inégalités qui se créent en France et dans les autres pays.

L’actualité nous le rappelle souvent et voici les territoires à enjeux qui sont ressortis du cycle annuel 2019 de l’Institut Palladio : le périurbain, incarné tout particulièrement par le mouvement des gilets jaunes en France, les quartiers à enjeu de renouvellement urbain (ANRU), le droit à la centralité pour tous et les cœurs de ville dégradés.

Ces territoires et ces habitants nous montrent à quel point les questions de ville, d’échanges et les mobilités sont clés pour la réussite et la mise en réseau de la société. Ces territoires nous incitent à promouvoir une forte inclusion sociale et économique dans nos projets. La question est donc de savoir comment concevoir une ville multi usages sensée satisfaire simultanément des besoins multiples. Comment créer une qualité de vie partagée ?

Face à cette nécessité de faire société, les lieux physiques apparaissent comme des lieux particulièrement stratégiques, ouverts, égalitaires et sur lesquels les questions d’usages prennent place. A l’heure de la révolution numérique, les espaces publics tels que gares, pôles multimodaux, places, rues et boulevards sont les lieux où les échanges, les services et le commerce se pérennisent. Nous voulons œuvrer pour que ces lieux autorisent la rencontre urbaine et permettent de retisser du lien.

Pour concevoir une ville multi usages, une association new-yorkaise a imaginé une formule inspirante : « Power of Ten+ ». Il s’agit d’imaginer au moins dix usages possibles pour un lieu donné. Plus il y a d’usages possibles (comme par exemple, flâner, s’assoir, se reposer, entrer dans un commerce ou un café, lire, discuter, poser son vélo, regarder les vitrines, s’informer sur la vie du quartier, promener son chien), plus cela bénéficie à la qualité des espaces que nous concevons.

En écho aux questions d’usages, se développent fortement des réalisations prometteuses comme les zones de rencontre partagée et le code de la rue ou encore les installations éphémères et l’urbanisme transitoire à l’instar des Grands Voisins à Paris.

Les espaces publics et les usages associés nous semblent ainsi être un enjeu fondamental pour une ville non seulement durable et aussi apaisée et attractive. C’est un enjeu pour lequel les savoir-faire français, et celui d’Egis, sont attendus par nos partenaires et clients nationaux comme internationaux.

Pour le respect des milieux naturels et humains

Notre civilisation a un impact destructeur sur les milieux naturels. À côté du réchauffement climatique dont la responsabilité humaine ne fait plus aucun doute, un autre phénomène d’ampleur est à l’œuvre : l’effondrement de la biodiversité. Dans un rapport de l’IPBES, le GIEC de la biodiversité, le taux d’extinction des espèces accélère et est déjà plusieurs dizaines à centaines de fois supérieur à la moyenne des dix derniers millions d’années : un tiers des oiseaux en moins dans les campagnes françaises en quinze ans, en Allemagne moins 80% de la population des insectes en trente ans.

Or, sans biodiversité, c’est tout le vivant qui s’effondre, certains scientifiques parlent d’une sixième extinction de masse, après les dinosaures, et l’espèce humaine elle-même pourrait être menacée d’extinction.

Quelles en sont les causes ? les pratiques agricoles intensives, les pesticides, la prolifération des déchets et des polluants divers et variés, et… l’extension de l’urbanisation par l’artificialisation des sols qui cause la destruction et la fragmentation de l’habitat des espèces vivantes.

Face à cet enjeu, nous disposons de leviers d’action, individuels et collectifs : par exemple, choisir une alimentation biologique pour réduire les pesticides dispersés dans la nature ; développer le végétal sur nos balcons et dans nos jardins pour soutenir les espèces vivantes ; faire évoluer nos projets urbains pour qu’ils soient conformes à l’objectif national français de zéro artificialisation nette ; inverser le paradigme avec nos partenaires urbanistes et paysagistes : priorité au végétal et à l’eau dans la ville, devant le minéral et le bitume, et non l’inverse.

En réalité, il s’agit souvent de revenir à des solutions de bon sens, que l’homme a patiemment forgées avec le temps, dans le respect et l’observation de la nature. Car si la nature est d’un génie fantastique, l’homme aussi. En plus de respecter les milieux naturels, nous voulons donc aussi tenir compte de l’histoire, des cultures, du patrimoine, des savoir-faire parfois ancestraux développés par l’homme. C’est pour cela que nous avons choisi de nommer ce troisième enjeu le respect des milieux naturels et humains. C’est dans la combinaison du naturel et de l’humain que réside à notre avis la résilience et le futur durable auxquels nous aspirons tous et ce faisant, nous nous différencions vraiment par rapport à certains concurrents.

Agir, maintenant, au travers de nos projets : une proposition avec dix principes

Nous pouvons chacun.e modifier dès maintenant nos comportements individuels, par nos choix en matière notamment d’alimentation, de consommation, de déplacements.

En tant que professionnels engagés au service du futur durable, nous avons aussi la responsabilité de changer l’impact de nos projets. Pour traduire de manière concrète les trois grands enjeux évoqués plus haut, nous proposons dix principes inspirés des projets d’Egis et que nous souhaitons accentuer dans nos futurs projets urbains :

10 principles

- Crédits : Egis

 

Les auteurs


Fanny Guyot,

Chef de projet, activité Ville, groupe Egis

 


Olivier Ledru,

Responsable délégué Asie / Afrique, activité Ville, groupe Egis

 

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