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Laure Russier Bècle
Business Developer and Project Manager, Asia-Pacific
Published on 09 avril 2019

Temps de lecture : 4 min

Pour un tourisme écoresponsable en Mongolie

Entre 2017 et 2018, Egis a été impliqué dans la conception d’un projet pour aider le gouvernement mongol à développer un tourisme écoresponsable dans les zones naturelles protégées du pays, qui représenteront 30 % du territoire mongol d’ici 2030. L’objectif ? Préserver les espaces naturels, promouvoir la culture locale et contribuer au développement d’une économie juste et équitable.

Onon-Balj National Park

- Crédits : Laure Russier Bècle

En partenariat avec Horwath HTL, Egis a été mandaté pour concevoir un projet pour à la fois protéger et mettre en valeur deux parcs nationaux en Mongolie : Khuvsgul Lake National Park (KLNP) et Onon-Balj National Park (OBNP). Le projet, conforme aux principes du tourisme durable définis par United Nations World Tourism Organization, vise à préserver la biodiversité et mettre en place le premier programme d’éco-certification du pays. Nous espérons que ce projet serve de vitrine pour promouvoir et développer le tourisme vert dans d’autres parcs nationaux de Mongolie.

Préserver la nature et favoriser son accès

Le lac Khuvsgul est le plus grand lac d’eau douce du pays (70 % de la réserve d’eau douce de Mongolie avec ses 136 km de long et 36 km de large). Un des objectifs du projet est de protéger ce lac en réduisant le niveau de pollution lié à la poussière, au rejet d’eaux usées ou de déchets solides. Cette protection passe par le revêtement de routes, la protection de ses rives par une meilleure gestion du trafic le long des 40 km de côtes les plus touristiques, la mise en place de centrales de traitement des eaux usées, de toilettes écologiques et la création de décharges. En guise d’exemple, sur les deux sites, trois nouvelles décharges sont proposées d’être créées pour gérer les déchets de 15 000 résidents et 100 000 touristes : il s’agit des premières décharges rurales du pays conçues selon les pratiques internationales. De cette manière, le projet permet également de réduire les risques sur la santé publique, tant pour les communautés locales que pour les touristes.

Des mesures sont également préconisées pour préserver et encourager la biodiversité sur les deux sites, par la mise en place d’actions de sensibilisation du public et par des actions de formation des autorités en charge des parcs.

Afin de limiter l’impact sur la consommation électrique du parc de KLNP, le nouveau bâtiment de bureaux pour les personnels du parc et le centre visiteurs de KLNP a été conçu pour être autonome en énergie en compartimentant les espaces afin de ne chauffer que les espaces de bureaux pendant la période hivernale et en recouvrant son toit de panneaux solaires.

Modéliser les impacts du changement climatique

Egis a réalisé une analyse des impacts potentiels du changement climatique sur les conditions bioclimatiques et les écosystèmes du parc national de Khuvsgul au nord de la Mongolie.

Nous avons, par exemple, préparé des cartes de couverture végétale et habitats pour le parc national à partir de données SIG (Système d’information géographique), déterminé les impacts du changement climatique sur le parc et défini différents scénarios de changement climatique.

Pour cela, nous avons eu très largement recours à la modélisation géospatiale, à la fois pour quantifier et cartographier les impacts sur les différents types de végétation et sur les écosystèmes du parc, mais aussi pour identifier les nouvelles zones sur lesquelles certains écosystèmes pourraient migrer suite au changement climatique.

Préserver le permafrost et lutter contre le réchauffement climatique

Le pergélisol (permafrost en anglais) est un terme géologique qui désigne un sol dont la température se maintient en dessous de 0°C pendant plus de deux années consécutives. Le lac Khuvsgul est le seul lac au monde entièrement entouré de pergélisol. Cette couche gelée présente une fonction écologique importante pour la régulation de la température du sol, la germination et la résistance à la sécheresse et aux incendies. Le problème est qu’avec le réchauffement climatique, le pergélisol commence à fondre, menaçant de libérer dans l’atmosphère de très grandes quantités de gaz à effet de serre (CO2, méthane), lesquels favorisent eux-mêmes la hausse des températures… C’est un cercle vicieux.

Pour lutter contre ce phénomène, nous avons proposé différentes solutions incluant la surélévation de structures, la mise en place de matériaux isolants et la mise en place de structure de chaussée innovantes à base de géocell pour les routes à faible densité de trafic. Les géocells sont des géotextiles présentant des structures alvéolaires (de hauteur 75 mm à 200 mm) utilisés pour le renforcement de sol. Cette solution, jamais mise en œuvre en Mongolie auparavant, réduit l’impact écologique du projet par le confinement et la réutilisation de matériaux du site. Cette structure présente l’avantage de résister aux conditions climatiques extrêmes qui existent en Mongolie (températures variables entre -50°C et +50°C).

Mettre en valeur la culture locale et créer des emplois

Le secteur du tourisme mongol souffre actuellement d’un faible niveau de service, d’un manque d’infrastructures et d’une saison touristique très courte, liée aux longs hivers rigoureux. Le développement du tourisme est pourtant un des axes stratégiques du gouvernement mongol pour diversifier son économie et créer des emplois. Ces projets d’écotourisme devraient permettre le stimuler les activités commerciales des producteurs locaux et des prestataires de services et de réduire le niveau de pauvreté de ces régions parmi le plus élevé du pays.

Considéré comme le lieu de naissance de Gengis Khan, fondateur de l’empire mongol, l’Onon-Balj National Park accueillera un tout nouveau complexe architectural et touristique dédié à sa mémoire. Conçu comme un immense buste sorti de terre (35 m de haut), le futur bâtiment de 4 000 m² devrait abriter en son sein un parcours visiteur unique, jalonné de gers (habitat traditionnel mongol) retraçant la vie du célèbre empereur et dépeignant les mœurs du « peuple centaure » au XIIe siècle.

Avec la construction de ce musée, le nombre de visiteurs de OBNP est prévu d’être multiplié par 20 en un peu plus de 10 ans (de 27,000 visiteurs en 2018 à 440,000 visiteurs à partir de 2029). Au total, il est prévu que le nombre de résidents de ces parcs tirant leur subsistance du tourisme triple et que 8,200 résidents reçoivent des actions de formation dans le cadre du projet de tourisme communautaire.

Les différentes mesures mises en place devraient permettre également de prolonger la durée de la saison touristique (pour le moment uniquement de trois mois).

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