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Dorothée Labarraque
Responsable technique et Innovation - Activité Environnement & Énergie
Published on 16 juin 2019

Temps de lecture : 3 min

Et si l'A28 rendait service à la nature ?

Depuis 2005, Routalis entretient et renforce les services rendus par ses espaces de nature. Elle adopte notamment des pratiques « zéro phyto » 12 ans avant leur obligation. C’est efficace, cela profite au territoire, et on peut collectivement encore mieux faire !

 

Routalis est exploitant de l’autoroute A28 entre Alençon et Rouen. La société a adopté très tôt une charte de développement durable, désormais articulée autour de 5 axes :

  • Offrir aux clients un voyage sûr et agréable
  • Etre un employeur responsable
  • Prendre soin de notre environnement
  • Etre de bons voisins
  • Rendre compte et progresser sans cesse

 

En 2016, Egis a réalisé pour Routalis un diagnostic des dépendances vertes de l’A28 et des pratiques de gestion. Il s’agit de mieux connaître le patrimoine naturel sous sa responsabilité mais aussi les interactions de l’autoroute avec les territoires traversés. Cela permet enfin d’identifier des actions à mener en partenariat avec les autres acteurs locaux, en lien avec le développement local et la biodiversité.

Comment les services rendus par les dépendances vertes ont-ils été évalués ? 

 

Identification pour ces différents espaces de :

  • L’occupation du sol
  • Les modalités de gestion
  • Les conditions d’accès aux tiers

 

Caractérisation des territoires adjacents :

  • Occupation du sol
  • Contexte socio-économique

 

Quels sont les principaux bénéfices observés ? 

Les services de régulation

Climat global
Les sols et la végétation des dépendances vertes constituent des stocks de carbone, stocks d’autant plus importants que les milieux sont humides et la végétation développée.

Climat local
Les haies ont un rôle d’effet brise vent et peuvent, lorsqu’elles bordent des cultures, augmenter la productivité : le rendement sur cette surface est augmenté de 5 à 30 % par rapport à une situation sans haie.

Qualité de l’air
Les forêts, arbres isolés,haies arbustives participent à la purification de l’air en filtrant ou en éliminant un certain nombre de polluants et de particules contenus dans l’air.

Qualité de l’eau
Les Écosystèmes artificiels (MHEA) en accompagnement des bassins multi-fonctions contribuent à la purification de l’eau.

 

Érosion
Actuellement, le couvert végétal protège les sols et les talus autoroutiers.

Pollinisation
L’autoroute est bordée par des terres agricoles. Cer-taines cultures sont dépendantes de la pollinisation (par exemple le colza). Le service sera d’autant plus significatif que le paysage agricole autours de l’auto-route sera peu diversifié (grandes cultures, peu de haies…).

Contrôle biologique
Les écosystèmes peuvent affecter la prévalence des maladies et des prédateurs des cultures et du cheptel. La qualité des milieux et les modalités de gestion des emprises (zéro phyto) contribuent à ce service.

 

Les services de production sont plus limités (ex. : petit verger de pommes à cidre). Plusieurs espaces présentant des opportunités ont cependant été identifiés, pour lesquels des partenaires sont recherchés, par exemple concernant le bois ou le fauchage.

Les services de « récréation » sont limités aux aires de service et de repos, la majorité des espaces de nature de l’autoroute étant fermés au public.

Cas particulier des jachères florales

Deux jachères florales ont été aménagées depuis 2013 au niveau de l’échangeur d’Orbec et de l’aire de repos de Brionne. Au niveau de l’échangeur d’Or-bec, trois ruches ont été installées à proximité des jachères afin que les abeilles puissent profiter de l’apport mellifère.
Une expertise des semences a montré l’intérêt des composi-tions florales en matière d’apport mellifère pour les pollini-sateurs. La diversité de la flore, des morphologies et phénologie florales et la quantité et qualité des ressources fournies (nectar, pollen) ainsi que leurs origines locales sont autant de critères bien pris en compte pour favoriser le service de pollinisation.

Les bonnes pratiques  à partager

La politique « zéro phyto » garantit une flore et une faune plus riches et diversifiées. Cette biodiversité est le support de tous les bénéfices que nous apportent les écosystèmes.

  • Autant que possible, pratiquer une fauche annuelle tardive des milieux en herbe (hors période de reproduction des oiseaux) et un faucardage des roselières tous les 3 ans
  • La gestion par fauchage sans exportation des pro-duits de fauche est favorable à un enrichissement en carbone des sols
  • Augmenter la pratique des hibernacula, en laissant les produits de coupe sur place qui deviennent des refuges pour la petite faune pendant l’hibernation et apportent nourriture pour certains insectes
  • Au niveau des bassins, privilégier des interventions en dehors de période d’activité biologique de la faune, en particulier pour les espèces inféodées aux milieux en eau (amphibiens, insectes, crustacés…)
  • Pour les jachères florales,retenir les mélanges de fleurs aux formes variées, et offrant un bon potentiel mellifère,  éviter l’utilisation de plantes exotiques  et privilégier des semences labellisées « locales

Publié en novembre 2015, l’avis du Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable sur le bilan LOTI du projet souligne la qualité du suivi environnemental réalisé au fil des années.

Pourquoi s’intéresser aux services rendus par dépendances vertes ?

Les dépendances vertes des autoroutes représentent en France une surface cumulée de plus de 6000 km2, soit l’équivalent d’un département français moyen. Au-delà de leurs fonctions propres (évacuation des eaux par exemple) et routières (sécurité, visibilité…), elles assurent aujourd’hui aussi des fonctions paysagères et écologiques et interagissent ainsi avec les milieux naturels et les populations environnantes.

Demain, ces espaces naturels peuvent être exploités différemment, avec une approche de « biens communs ». L’exploitant autoroutier peut renforcer son rôle d’acteur local. C’est l’ambition de Routalis, qui souhaite rendre possible de manière volontaire et concertée des actions en matière de biodiversité, de production alimentaire, économique et même sociale sur des espaces qui sont encore « délaissés ».

 

Quelques pistes d’action

  • S’appuyer sur la ressource alimentaire présente dans les dépendances pour faciliter l’entretien écologique des zones difficiles d’accès avec l’éco-pâturage
  • En lien avec les filières intéressées, renforcer la production de biomasse
  • Rendre accessible les zones les plus vivantes à des actions pédagogiques ou scientifiques
  • Echanger avec le monde agricole pour adapter progressivement les haies et les jachères florales

Le saviez-vous ?

D’ici à 2020, le capital naturel va rentrer dans la comptabilité nationale. Il s’agit du 2ème objectif d’Aichi pour la biodiversité sur l’intégration des valeurs de la diversité biologique aux systèmes de comptes nationaux. Les bonnes pratiques en matière de biodiversité apporteront de la valeur à ce capital.
Améliorer ensemble la connaissance de la biodiversité présente dans leur périmètre permettra à chaque acteur territorial ou économique riverain de l’autoroute d’en tenir compte dans son bilan d’activité.

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