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Egis
Published on 09 juillet 2020

Temps de lecture : 4 min

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Questionnons efficacement le nucléaire

Un collectif d’auteures de l’activité nucléaire du groupe Egis réagit à la récente newsletter (mai 2020) de l’organisation Les Voix du nucléaire, titrée : « Femmes, environnement et nucléaire : une relation complexe. »*

Questionnons efficacement le nucléaire

- Crédits : Boonchai - AdobeStock

L’écoféminisme : essentialisation du débat ?

[Ninon]

Les premières lignes de cette newsletter évoquent un concept à la popularité grandissante : l’écoféminisme. Je pense bien évidemment que les femmes ne doivent pas rester en retrait face à un enjeu aussi important que le changement climatique. Il me semble cependant qu’il faut veiller à ne pas essentialiser leur rôle de protectrice de « la planète », en dressant ainsi un parallèle avec la place qu’elles occupent traditionnellement dans l’espace domestique. En empruntant cette pente glissante, l’écoféminisme tendrait paradoxalement à sortir du féminisme classique tout en réduisant les femmes à leur « nature ». Or, le nombre croissant d’actrices de l’industrie (en production ou en fonction support), notamment nucléaire, montre qu’elles peuvent endosser les mêmes fonctions que les hommes.

Outre les questions de genre, l’article présente la perception sociale de l’énergie nucléaire, notamment chez les militants et sympathisants écologistes. Il évoque le terme de désinformation, un mot fort mais approprié, dès lors qu’il est rapporté aux 69 % des Français persuadés que cette industrie contribue fortement au dérèglement climatique, alors qu’il s’agit de l’électricité la moins émettrice de CO2 en France.

Cette proportion est près de deux fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Cette différence serait liée à une moindre aversion au risque chez ces derniers. Pour ma part, je ne pense pas que la peur soit innée chez les femmes mais plutôt qu’elles sont éduquées pour se prémunir du danger et prendre soin de leur entourage. Cette tendance à la prudence, loin de devoir être considérée comme un défaut, peut au contraire être utilement exploitée par l’industrie nucléaire orientée risque 0, dans la formalisation des dispositifs sécuritaires de ses installations.

Plus globalement, il serait judicieux que les médias remettent en perspective les pour et les contre liés à chaque source d’énergie, en comparant, par exemple, les décès liés au nucléaire avec ceux causés par le charbon. Sortir du sensationnalisme et dépassionner le débat conduirait, pour sûr, à des choix plus rationnels et permettrait aux citoyens de se réapproprier les enjeux techniques.

« Femme et technique font deux ! », ah bon ? Et moi donc ?

[Hilem]

En général, et au risque de m’attirer les foudres des tenants des « féminités », il est communément admis que les femmes et la technique font deux, même s’il y a de très nombreuses et belles exceptions à ce propos. Ceci explique peut-être la corrélation faite entre le féminisme et la défense de l’environnement. Le féminisme voit dans le nucléaire un domaine emblématique de la connaissance technique poussée, et donc un domaine réservé aux hommes. Si c’est le cas, c’est une erreur monumentale. Outre le fait que les femmes occupent une place non négligeable à tous les niveaux de ce domaine, je pense que la désinformation sur le sujet vient du fait qu’aucune autre réponse viable aux besoins de l’humanité est en mesure de voir le jour aujourd’hui. Nous, humains, laissons donc la technique aux techniciens qui, conscients du problème, travaillent à l’élargissement du nucléaire, en même temps qu’à la recherche d’une solution qui palliera les problèmes environnementaux qu’il pose !

Stop aux fake news : la jeunesse y perd au change !

[Ninon]

La diffusion des « fake news », relatives à l’impact carbone de l’énergie nucléaire, chez les jeunes m’inquiète particulièrement quant à l’avenir de ma génération. En effet, 86 % des 18-34 ans estiment que le nucléaire est fortement producteur de gaz à effet de serre, contre 39 % chez les plus de 65 ans. Une meilleure information des citoyens, demain, sur les questions énergétiques semble cruciale afin de mieux guider les futures politiques écologiques. Néanmoins, je pense qu’il ne faut pas perdre espoir puisque Greta Thunberg, la très jeune activiste suédoise, semble faire preuve de plus de nuance et de discernement concernant l’énergie nucléaire que bon nombre de ses aînés.

Problème du nucléaire ou problème des déchets du nucléaire ?

[Hilem]

Essayons de ne pas ressasser les problématiques habituelles sur le nucléaire — ou en tout cas de les aborder avec un angle de vue différent — pour le questionner de façon efficace.

Il est tout d’abord nécessaire de rappeler que « le problème du nucléaire » est un terme abusif qui signifie « le problème des déchets nucléaires ». Car, en toute bonne foi, c’est le cœur de la polémique. Il n’est donc pas utile de débattre d’un autre sujet. Ainsi, le nucléaire n’est pas un problème en soi, il s’agit des conséquences de celui-ci qui sont source de désaccord.

Le domaine nucléaire est trop souvent vu comme la bête noire de l’environnement, probablement parce que ses effets, ou en réalité, la conservation de ses déchets, se mesure sur une échelle de temps très large. Deux choses à répondre à cela :
-    L’humanité a-t-elle autre chose à proposer qui serait autant une avancée scientifique, technologique et économique ? Nous venons de le constater avec la crise sanitaire que nous vivons, la santé est primordiale mais l’économie l’est tout autant dans notre système. Il serait donc impensable d’abandonner le nucléaire au nom de l’environnement sans proposer une solution efficace, prospère et répondant à nos besoins aussi bien que le fait le nucléaire dans son domaine.
-    Ensuite, ne serait-il pas plus rationnel de résoudre nos problèmes environnementaux par ordre de priorité ? En effet, l’impact du nucléaire s’étend très largement dans le temps, ce qui est utilisé comme argument par les environnementaux anti-nucléaires, mais je dirai que c’est plutôt un avantage. Pour résoudre les problèmes de déchets nucléaires, nous avons un temps largement supérieur à celui dont nous disposons pour résoudre nos problèmes de pollution, de ressources d’eau, de stockage des déchets ménagers… Le recyclage ou le changement de nos habitudes sont une partie de la réponse mais nous avons encore un long chemin à faire.

L’urgence pour plus de pédagogie sur le nucléaire

Au sein de la filière nucléaire…

[Ninon]

Il est indispensable que les acteurs de la filière nucléaire communiquent largement sur leur rôle dans un monde menacé par l’érosion du climat. Cette tâche s’avère souvent difficile, tant elle nécessite de nager à contre-courant du discours médiatique dominant. Il faut bien souvent rappeler des choses très basiques, comme par exemple la différence entre la fumée noire issue de la combustion des énergies fossiles et les nuages de vapeur d’eau au-dessus des centrales nucléaires. Cependant, la mission est investie d’une très grande importance car il est décisif d’informer correctement les consommateurs et les citoyens quant aux enjeux de la transition énergétique, dans un contexte où le changement climatique global menace de plus en plus les vies actuelles et futures.

Dans cette perspective, Egis a su profiter de son expertise pour tirer des conclusions sur « le monde d’après » en réaffirmant avec vigueur son engagement en faveur d’un futur durable via « 21 propositions pour une relance économique bas carbone ». Au sein de ces propositions, celles concernant l’énergie ne manquent pas de rappeler la contribution essentielle du nucléaire, aux côtés des énergies renouvelables, pour une production d’électricité faiblement émettrice de CO2.

… mais aussi, bien sûr, en politique

[Ninon]

La quasi totalité des pays s’accordent au sein du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), quant au rôle crucial de l’énergie nucléaire pour contribuer à la limitation du réchauffement climatique. Nous ne pouvons que nous réjouir de la popularité grandissante de leurs travaux auprès de l’opinion publique.

[Hilem]

Entendre les revendications des environnementaux vis-à-vis du nucléaire fait partie du bon sens, mais il faut aussi entendre les bienfaits qu’il nous apporte depuis des décennies. À peser le pour et le contre, il est évident que nous ne pouvons pas nous passer de cette technique que nous devrions apprendre à mieux connaître. La dimension politique du nucléaire est aussi un sujet que nous devrions soulever et non dissimuler derrière la technique.

 

* Lire l'article : Femmes, environnement et nucléaire : une relation complexe, Voix du nucléaire

 

Les auteures

 


Ninon Vandekerchove,

Stagiaire Marketing et Communication, activité Nucléaire, groupe Egis (Etudiante Sciences Po, Paris)

 


Hilem Afroune,

Ingénieure d'études, activité Nucléaire, groupe Egis

 

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