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Nick McFarlane
Senior Advisor to Helios
Published on 11 mai 2020

Temps de lecture : 2 min

COVID-19 et aviation : nouveau départ

Nous ne sommes pas les seuls à évoquer la « nouvelle normalité » qui se dessinera après la crise du coronavirus dans le secteur aérien et plus largement à l’échelle de la société. Il est fort probable que cette crise entraînera des conséquences sur le long terme ainsi que des changements irréversibles dans les comportements. Cependant, dans cet article issu de notre série spéciale COVID-19, nous nous penchons plus particulièrement sur l'aviation afin d’interroger comment le secteur sortira de l’immobilité actuelle et de comprendre les facteurs qui auront une incidence. Eurocontrol prévoit un retour du trafic à hauteur de 70 à 80% des niveaux habituels d'ici la fin de l'année, après avoir atteint le seuil des 10% en avril dernier. La rapidité du redémarrage dépendra de quatre facteurs : les restrictions de voyage en vigueur, la capacité du secteur à fournir les services nécessaires, les mesures de distanciation sociale requises dans les aéroports et à bord des avions, et la demande de voyages aériens.

- Crédits : canva

Les restrictions de voyage

Les États sortiront de la crise du COVID à des moments différents, et la reprise du transport aérien dépendra du type de restrictions de déplacement qui seront imposées. La reprise des voyages transfrontaliers nécessitera une coordination entre les gouvernements et les acteurs concernés et passera par un travail conjoint des États pour ouvrir leurs frontières. En effet, des appels ont déjà été lancés en faveur d'une réponse coordonnée pour relancer le secteur [1] et le commissaire européen chargé des transports a indiqué que des directives seront définies d'ici la mi-mai dans le cadre d’une stratégie de sortie crise visant à relancer les opérations transfrontalières [2]. En ce qui concerne les passagers, certains pays pourraient exiger la présentation des résultats d'un test coronavirus avant d'accorder des visas. On peut s’attendre à ce que les compagnies aériennes jouent un rôle dans cette étape et facilitent le processus en ajoutant, par exemple, les résultats du test sur le compte de fidélité du voyageur ou en vérifiant la température des passagers à la porte d'embarquement. Emirates propose déjà aux passagers un test sanguin rapide (10 min) avant l'embarquement. Sachant que chaque pays réduira ses restrictions à des moments différents, le modèle « hub and spoke » des compagnies aériennes (qui repose sur l'interconnexion des passagers entre de nombreux pays) mettra plus de temps à se rétablir. Les liaisons domestiques seront probablement les premières à rouvrir.

La capacité du secteur à s’adapter

La capacité des entreprises réglementées à relancer leurs services dépendra des impacts et des réglementations en matière de sécurité, par exemple les exigences de mise à jour des connaissances et de vols récents effectifs pour les pilotes, la maintenance continue des avions, ainsi que l’établissement de listes du personnel. Le département des Transports britannique (DfT) a mis en place un comité de pilotage spécial dédié au redémarrage et à la sortie de crise, qui travaille avec les ministères et le secteur des transports pour garantir une approche commune dans la résolution des problèmes majeurs. Les compagnies aériennes et les prestataires de service de la navigation aérienne sont déjà en train de préparer le retour au travail de leur personnel et s’assurent qu’ils ont bien mis à jour leurs connaissances. Malheureusement, certains maillons de la chaîne d'approvisionnement vont disparaître avec la faillite de certaines entreprises dans les mois à venir. Toutefois, le secteur est compétitif et d'autres entreprises se développeront rapidement pour combler les manques dans la fourniture de services. Ce risque sera probablement moindre, car le secteur est flexible et capable d’effectuer des ajustements opérationnels dans des contextes changeants.

La distanciation sociale

Le troisième facteur concerne l'exigence en matière de distanciation sociale pendant le voyage. EasyJet envisage déjà de laisser le siège de milieu de rangée vide dans ses avions. Les aéroports auront certainement plus de difficultés à accueillir les passagers aux heures de pointe, si ces derniers doivent respecter une distance de deux mètres pour des raisons de sécurité, de contrôle aux frontières et autres procédures. Le personnel pourrait être amené à porter un équipement de protection complet dans le cadre de certains processus de contrôle et de nouvelles procédures seront certainement nécessaires. Les avions auront besoin d'un nettoyage approfondi entre chaque rotation, ce qui augmentera le temps d’attente entre chaque vol. De manière générale, nous constaterons une baisse de capacité et de débit à chaque étape du processus. Cela pourrait entraîner une redistribution du trafic des aéroports les plus fréquentés vers les plus petits, avec un besoin de coordination au niveau régional ou national.

La disposition des passagers à reprendre l’avion 

Ce dernier facteur concerne la disposition des passagers à reprendre l'avion. C'est peut-être la dimension la plus difficile à anticiper, car les voyages d’agrément et d'affaires seront affectés de façon différente. Les entreprises apprennent déjà à travailler différemment à distance grâce aux outils de visioconférence et le tourisme que nous connaissions consistant à voyager facilement et sans restrictions pendant les vacances pourrait disparaître. Les voyageurs hésiteront à réserver longtemps à l'avance par peur d’une deuxième vague du virus ou par peur que les compagnies aériennes ne fassent faillite. La flexibilité permanente des billets d’avion pourrait atténuer cette appréhension, tout comme les kits de sécurité distribués aux passagers, comprenant un gel hydro-alcoolique, un masque et des lingettes désinfectantes. Les passagers aimeraient probablement avoir la certitude que l'assurance voyage couvrira les soins de santé COVID-19, le rapatriement et les frais d'annulation le cas échéant. Ces mesures entraîneront des coûts supplémentaires, même si les compagnies aériennes s'efforceront de maintenir les tarifs des billets à un niveau relativement bas pour stimuler la reprise. Quoi qu'il en soit, la prudence des voyageurs pourrait rester de mise jusqu'à ce qu'un vaccin soit disponible et largement répandu et/ou que de nouvelles procédures soient appliquées.

Le secteur de l’aviation se concentre déjà sur la prise en compte de chacun de ces facteurs critiques. Bien que de nombreuses adaptations soient nécessaires pour l’avenir, la reprise sera progressive et nous laissera ainsi le temps de mettre en place de nouvelles dispositions. Les entreprises testent déjà de nouvelles procédures et se préparent à différents scénarios. Il est fort probable que la transition durera un an ou deux et qu’il faudra encore beaucoup plus de temps pour que la situation revienne à la normale. La grande question est de savoir si la gestion de ce nouveau départ sera coordonnée et collaborative, ou bien divisée. Cela pourrait être l’occasion d’un véritable changement positif.

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