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Dominique Hurbin et Michel Dell'ova
BU Rail
Published on 26 septembre 2018

Temps de lecture : 4 min

Véhicules sans conducteur : la navette sur les routes avant la voiture

La mobilité est l’un des plus grands défis actuels et futurs de nos territoires, caractérisée par des besoins croissants, des usages qui évoluent, et des modèles économiques qui tendent vers une offre « à la demande » grâce aux nouvelles technologies de l’information.

Navette autonome

- Crédits : © Chesky_W - Thinkstock

L’intelligence artificielle (en particulier le développement du machine learning et du deep learning*) permet aujourd’hui d’envisager à moyen terme la conduite autonome des véhicules particuliers, mais aussi des navettes de transport, trains et tramways.

Si la maturité des voitures autonomes pour les particuliers est prévue dans un horizon moyen de 20 à 30 ans, nous pensons chez Egis que les navettes autonomes (systèmes de transport en commun de petite capacité) feront partie de notre quotidien dans un futur beaucoup plus proche. Nos récents contrats sur l’Ultimate Urban Circulator (U²C) de Jacksonville ou le projet de desserte interne du parc Technolac à Chambéry sont autant de projets de navettes autonomes visant une mise en service avant 5 ans.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Depuis 2 ans, les expérimentations de navettes autonomes connaissent un essor important et chacun a pu voir ou monter dans une de ces navettes sans conducteur qui naviguent sur des itinéraires prédéfinis, en toute autonomie.

La technologie et le marché évoluent très vite. Si certaines lignes sont exploitées depuis plus de 5 ans, les expérimentations et exploitations commerciales ont explosé au cours des deux dernières années, en Europe, aux USA, et surtout en Australie, où la réglementation plus souple permet déjà leur exploitation en milieu ouvert au trafic. En France, les expérimentations ont été jusqu’à aujourd’hui menées sur des sites protégés de la circulation et les premiers tests, en interface avec le trafic, sont en cours ou en projet.

Les principaux écueils sont aujourd’hui les traversées de carrefours et de giratoires, ainsi que la protection des usagers vulnérables. Les interactions entre les véhicules autonomes d’une part, les infrastructures et les autres usagers d’autre part sont encore au stade embryonnaire.

Un enjeu fort demeure sur la performance commerciale de ces navettes, qui sont aujourd’hui à peine plus rapides que la marche à pied (vitesse commerciale inférieure à 10 km/h). On comprend l’extrême prudence des constructeurs pour avancer de façon incrémentale et en toute sécurité sur le niveau d’autonomie de ces navettes, car c’est un sujet très médiatique et tout incident serait très impactant sur l’attractivité de ce nouveau mode. A titre d’exemple, dans nos études de mobilité, nous intégrons de façon prudente un facteur de « confiance » dans le choix de prendre un véhicule autonome plutôt qu’un mode de transport conventionnel.

Il est cependant vraisemblable que les projets de transport en commun à base de navettes autonomes proposeront rapidement des services attractifs, du fait de leurs itinéraires mieux maîtrisés, de la possibilité de limiter les contraintes par le biais des tronçons de site propre, ou encore grâce à la supervision centralisée et aux interactions facilitées avec l’infrastructure (notion de cartographie numérique enrichie).

Les feuilles de route technologique et réglementaire permettront également bientôt une exploitation commerciale de navettes autonomes sans conducteur ni accompagnant à bord.

Quel impact sur la mobilité de demain et au regard de la trajectoire 2 °C ?

Du fait de sa forte adaptabilité au contexte, la navette autonome pourrait bien combler le chaînon manquant de bon nombre de réseaux de transport. De par ses performances attractives en site propre et son habileté à en sortir pour se fondre dans les voiries urbaines, elle ouvre le champ à de nouvelles typologies de service : desserte omnibus ou sur demande, itinéraire fixe ou périmètre de couverture, desserte complémentaire ou de remplacement, transport à la demande ou multimodal, outil de mobilité privé ou partagé.

Par ailleurs le faible impact carbone de la navette autonome électrique en fait déjà un acteur incontournable pour prendre le pas sur nos usages de mobilité à base d’hydrocarbures.  Des projets de véhicules autonomes à hydrogène commencent à voir le jour, comme au Technolac de Chambéry en Savoie, afin de réduire les contraintes liées à l’autonomie et répondre aux enjeux « zéro émission ».

Quel impact sur les villes et comment s’y préparer ?

Les réseaux de transport en commun, quasiment incontournables en milieu urbain, peinent à trouver leur place en zone moins dense, par manque de compétitivité, alors que la navette autonome, de par son coût d’exploitation réduit, offre une solution susceptible de renforcer le maillage péri-urbain.

En ville, la navette autonome sera un facteur de réduction du trafic routier si elle répond à la problématique du « dernier kilomètre » sans engendrer de perturbations supplémentaires. Elle pourrait alors initier un cercle vertueux, en rabattant du trafic sur les modes plus structurants (métro ou tramway) et en tendant à libérer l’espace urbain.

S’il est évident que, dans les années à venir, la navette autonome sera partie prenante de la structuration des transports et de l’aménagement urbain, nous pensons que cela devra se faire dans un mode complémentaire aux modes lourds structurants. Qu’il s’agisse de service de remplacement ou de complément de modes plus capacitaires, de desserte locale « dernier kilomètre », ou bien encore de transport à la demande, la versatilité et l’adaptabilité du véhicule autonome, combinées à l’inventivité de nos sociétés en termes d’usage, promettent de redessiner le paysage urbain et la mobilité de demain.

 

* auto apprentissage et adaptation récursive des algorithmes

 

Les auteurs

Dominique Hurbin,

Responsable Management de la Production, Direction Etudes Amont et Innovation de la BU Rail

 

Michel Dell'ova,

Expert Systèmes, Direction Etudes Amont et Innovation de la BU Rail

 

 

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