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Yoann Richard et Benjamin Kerzerho
Groupe Egis

Temps de lecture : 4 min

La paille, solution ultime pour l'écoconstruction ?

Contrairement aux idées reçues, la botte de paille est de plus en plus employée pour l’isolation des constructions bois, en raison de ses nombreux avantages. Propre, abondant, isolant, ce matériau local et économique est le roi de l’efficacité énergétique. Oubliez donc l’histoire des Trois petits cochons !

Construction paille

- Crédits : © anandoart -Thinkstock

Egis, en partenariat avec l’atelier DCL architectes, travaille actuellement sur un projet de construction paille pour une nouvelle école du quartier Netreville à Evreux. Ce mode constructif est simple, local et à faible impact environnemental. Les murs et la toiture de 36 cm d’épaisseur de paille associés à du triple vitrage permettent de construire un bâtiment passif, autrement dit un bâtiment pouvant se dispenser de chauffage. Les parois seront construites en caissons préisolés en atelier afin de raccourcir les temps de construction. Face au défi que représente l’utilisation de matériaux biosourcés et locaux dans un Etablissement Recevant du Public (ERP) français, la meilleure réponse qui soit apparue est celle de la construction en structure bois, avec isolation en bottes de paille. Un pré-bilan carbone à l’échelle de la construction a permis de convaincre le maître d’ouvrage de la pertinence de ce mode constructif.

La paille en caissons, une technique aux multiples avantages

Assurable et acceptée par l’ensemble des bureaux de contrôle, depuis la parution en 2012 des Règles Professionnelles de Construction en Paille (CP 2012 révisées), la technique de la paille en caissons bois a fait l’objet en 2009 d’un essai LEPIR II de résistance au feu au Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB). Cet essai a démontré que les caissons de paille soumis à un incendie sévère se consumaient très lentement et permettaient donc la stabilité au feu et l’évacuation en toute sécurité, ainsi que l’intervention des services de secours.

Par ailleurs, cette technique sèche permet de recourir massivement à la préfabrication, et donc d’améliorer les délais du chantier. En outre, nous avons prévu de monter la charpente bois indépendamment des caissons isolants, ce qui permet de décorréler les deux plannings d’intervention.

La paille a surtout de très bonnes qualités isolantes, qui permettent d’atteindre sans difficulté les niveaux requis par le label Passivhaus, un label allemand de performance énergétique accordé aux bâtiments neufs dont les besoins en chauffage sont inférieurs à 15 kWh/m²/an. C’est aussi un matériau durable et économique, qui favorise un intérieur sain. La paille est peu coûteuse en énergie grise car elle nécessite une très faible transformation, un transport réduit et se composte en fin de vie. C’est en outre, comme le bois, un véritable “puits de carbone”, qui stocke le CO2 du fait de sa provenance agricole.

Une réponse intéressante aux enjeux de la future Réglementation Bâtiment Responsable

Notre rôle d’ingénieriste est de guider les architectes sur les choix de conception et de construction qui permettent d’atteindre les futurs objectifs de la Réglementation Bâtiment Responsable. Il nous appartient de leur faire découvrir la construction bois-paille dès la phase concours à chaque fois qu’elle est adaptée au type de bâtiment qu’on construit.

Rappelons que la future réglementation imposera notamment de réduire l’impact carbone des matériaux de construction et de réaliser des bâtiments fortement isolés thermiquement. La paille permet de satisfaire avantageusement à cette double exigence grâce à d’excellentes qualités isolantes et à une valeur négative en émissions carbone. Dans le cas d’Evreux, l’objectif de construire un bâtiment passif conduit à un ouvrage extrêmement bien isolé, pour obtenir des besoins de chauffage quasi nuls. Dans une école, les apports internes dus à la forte densité d’occupants suffisent alors à chauffer les locaux en journée. Le choix constructif en ossature bois, avec une isolation en bottes de paille, permet non seulement d’atteindre aisément le niveau passif, mais aussi d’avoir une empreinte carbone construction/exploitation de niveau exceptionnel (moins de 1 kgéqC/m²shon/an).

Limites et freins actuels de la construction paille en France

Aujourd’hui, le seul frein technique réel est la limitation de la hauteur de construction (R+2). Mais paradoxalement, le principal frein à la décision est la méconnaissance de ce matériau, qui souffre encore de préjugés tenaces. La paille, dans l’inconscient collectif, a en effet l’image d’un matériau agricole, voire « archaïque », qui brûle facilement, quand bien même les essais montrent sa grande résistance au feu, bien meilleure que les isolants plastiques !

Verdict ?

Actuellement, on recense entre 100 et 400 maisons en paille en France et de plus en plus d’établissements recevant du public utilisent ce mode écologique de construction. Longtemps expérimentale, cette technique a évolué vers une professionnalisation de la mise en œuvre. La préfabrication permet des chantiers rapides et sûrs, les règles professionnelles de 2012 permettent l’assurabilité du procédé et les performances devancent les exigences de la future réglementation. Chez Egis, nous sommes convaincus que la construction paille a un très bel avenir devant elle. Encore peu connue du grand public, elle est aujourd’hui unanimement considérée comme le summum de l’écoconstruction. Nous en faisons la promotion auprès de nos clients et partenaires, aussi bien pour des projets de logements que de bâtiments tertiaires, car elle présente l’un des meilleurs compromis entre les critères classiques de sélection et les impacts sur l’environnement, la santé et le confort.

Solar Decathlon China 2018

Les "J.O." de l'Habitat durable, ou Solar Decathlon China 2018, se sont tenus à Dezhou, en Chine. Vingt-deux équipes, venues du monde entier (10 pays représentés), se sont affrontées pour construire la maison la plus performante, écoresponsable et bioclimatique possible.

La France, représentée par la Team Solar Bretagne, est arrivée en 3e position, à égalité avec l'équipe allemande (1ère Italie, 2ème Chine). Egis est intervenu auprès de l'équipe de 2015 à 2017 pour l’orienter vers un concept d'habitat innovant ayant recours à des matériaux biosourcés tels que le bois ou la paille de riz. Cette aventure humaine et pédagogique a ouvert de nouvelles perspectives en matière de construction durable, aussi bien en Chine qu’en France, où sera lancée prochainement une mission avec Rennes Métropole pour développer des habitats innovants dans des communes bretonnes.

La construction paille est encadrée et animée par le Réseau Français de la Construction Paille depuis 2006. Cette association fédère les différents acteurs et actrices de la construction en bottes de paille et rassemble environ 550 adhérents particuliers, 250 professionnels et 50 associations/centres de formation. Son but est de populariser l’usage du matériau paille dans la construction, de généraliser les bonnes pratiques de mise en œuvre et d’en promouvoir les performances.

Les auteurs

Yoann Richard,

Ingénieur Enveloppe du bâtiment – Spécialiste Carbone

 

Benjamin Kerzerho,

Spécialiste développement durable et énergie

 

 

Commentaires
2 commentaire(s)
Béatrice Gasser

Bravo pour cet article très instructif qui bouscule les idées reçues et présente la paille comme une alternative à la construction traditionnelle. Il serait intéressant de compléter l'article avec des ordres de grandeur de couts et d'émission de CO2, en comparaison avec des solutions classiques. Et félicitations pour votre participation aux JO de l'habitat durable.

Yoann Richard

Merci Béatrice ! En termes de coûts, les murs préfabriqués en ossature bois et isolation paille, hors bardage, sont vendus entre 200 et 300 €/m². En termes d'émissions de CO2, on est aux alentours de 3 kgéqCO2/m² (toujours hors bardage, dont l'impact est prépondérant), là où une construction traditionnelle en béton est entre 50 et 60 kgéqCO2/m².