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Angelina Marmeth
Chef de projet confirmé - groupe Egis
Published on 11 décembre 2019

Temps de lecture : 3 min

"Maman, la prof a dit : ITER, c’est pas du nucléaire !"

Avant les congés, mon aînée rentre du lycée en me disant : « maman, il y a bien du nucléaire à Cadarache ? » Son enseignante lui avait affirmé le contraire : rien de nucléaire là-bas, mais, de toutes façons, ce qu'on y faisait ne fonctionnerait peut-être jamais et coûtait très cher à la France…

ITER

- Crédits : ITER Organization EJF RICHE

Pour les personnes qui ne le savent pas, le CEA Cadarache abrite bien des installations nucléaires de recherche et l'enseignante semble en effet faire référence au projet« ITER » (en latin le « chemin ») qui y est localisé. Ce projet vise à vérifier « la faisabilité scientifique et technique de la fusion nucléaire comme nouvelle source d'énergie ». Et donc l'incompréhension de l'enseignante et de ma fille partent de là….

Pourquoi ce n'est pas comme les Centrales nucléaires ?

Les centrales en activité se servent de la chaleur produite lors de la fission des atomes. C'est-à-dire qu'on fait en sorte que les atomes se séparent. Sur ITER, on fait en sorte qu'ils fusionnent.

La fusion est la source d'énergie qui alimente le soleil et les étoiles. Dans les conditions de pression et de température extrêmes qui règnent au cœur de ces corps stellaires, les noyaux d'hydrogène entrent en collision et fusionnent pour former des atomes d'hélium et libérer de considérables quantités d'énergie au cours de ce processus. De toutes les réactions de fusion possibles, c'est la réaction entre le deutérium et le tritium (deux isotopes de l'hydrogène) qui se révèle la plus accessible en l'état actuel de notre technologie.

Pourquoi l'enseignante affirme-t-elle que nous ne sommes pas sûrs que ça fonctionnera ?

Parce qu'aujourd'hui, ITER n'a pas vocation à produire de l'électricité à partir de cette réaction de fusion (c'est un autre programme de recherche qui prendra la suite). ITER marque la transition entre les dispositifs de fusion expérimentaux actuels et les démonstrateurs industriels du futur.

Dans le cas des énergies fossiles (pétrole par exemple) et de l'énergie nucléaire, la chaleur produite transforme l'eau de refroidissement en vapeur, laquelle actionne des turbines qui produisent de l'électricité par l'entremise d'un alternateur. Le « tokamak » (cœur d'ITER) est une machine expérimentale conçue pour exploiter l'énergie de la fusion. Dans l'enceinte d'un tokamak, l'énergie générée par la fusion des noyaux atomiques est absorbée sous forme de chaleur par les parois de la chambre à vide.

Avec cette machine de très grande taille, les scientifiques pourront étudier les plasmas dans les conditions qui seront celles d'une centrale de fusion électrogène et tester des technologies telles que le chauffage, le contrôle, le diagnostic, la cryogénie et la télémaintenance. L'un des principaux objectifs d'ITER est de démontrer que les réactions de fusion qui se produisent au sein du plasma sont sans impact sur les populations et l'environnement.

 

Vue éclatée du complexe Tokamak : bâtiment Tritium à gauche, bâtiment Tokamak au milieu, Bâtiment Diagnostic à droite. Dispositif antisismique dans les fondations du complexe et le pont roulant en jaune pour transporter les composants de la machine au-dessus du puits d'assemblage. (© ITER Organization)

 

 

 

 

 

 

 

Mais en fin de compte, est-ce que l'activité nucléaire est bien « propre » ?

Un autre sujet qui mérite rectification… car après mon explication, mon aînée a ajouté : « mais moi je ne pourrai pas travailler comme toi… » Le professeur en question lui a dit que le nucléaire produit des « vilains déchets et qu'on les envoie dans les pays pauvres » … Là encore, c'est probablement l'ignorance qui prédomine. Pour gérer l'ensemble de ces déchets radioactifs, l'État français a créé l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) en 1969. Comme la plupart des pays confrontés à la problématique des déchets radioactifs, la France a fait le choix de les stocker dans des centres industriels spécialement conçus pour ce type de déchets, afin de les isoler de l'homme et de l'environnement tant qu'ils présentent des risques.

Elle a aussi appris que tout ne doit pas être admis sans questionnement. De mon côté, j'étais fière qu'elle « sache ». Travaillant dans le nucléaire, il me semble important de transmettre à nos enfants (sans attendre qu'ils soient grands) quelques connaissances qui leur permettront, un jour, de comprendre le débat sur la politique énergétique de la France.

 

"Nous avons conclu avec ma fille que certains sujets divisent la société ; le nucléaire fait parfois peur et la méconnaissance est pour beaucoup dans cette méfiance."

 

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