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Félix Pouchain
Ingénieur modélisation énergie-carbone, Elioth

Temps de lecture : 2 min

Le Big Data, gage d'une meilleure conception ?

C’est indéniable, le numérique a ouvert de nombreuses possibilités dans les domaines de l’ingénierie et de l’architecture. Nous travaillons désormais de façon beaucoup plus transversale à partir de tous les domaines d’expertise de l’industrie de la construction : analyse structurelle, consommation et production énergétiques, confort des usagers, analyse de cycle de vie, biodiversité…

Pour ou contre une conception pilotée par les données ?

- Crédits : © Wavebreakmedia Ltd - Thinkstock

Grâce aux outils de calcul, nous sommes en mesure de suivre l’évolution des émissions de carbone, les consommations d’énergie et d’eau, d’évaluer le potentiel solaire des toitures d’une ville à partir de sa modélisation numérique, ou encore de simuler la manière dont le soleil et le vent chauffent et refroidissent ses rues et ses bâtiments. Le numérique est un outil formidable pour optimiser la conception au regard de nos objectifs de développement durable qui sont de réduire les émissions de carbone, de limiter le gaspillage ou encore de préparer aux effets du changement climatique.

Mais il y a aussi un revers à la médaille… les outils à notre disposition intègrent toujours plus de données, issues des bâtiments connectés, des réseaux et des villes qui deviennent « intelligentes ». Cette profusion d’information est parfois difficile à traiter et à analyser, les données peuvent être fausses, incomplètes, ou obsolètes... Si bien que le temps que nous consacrons au véritable travail de conception devient minime comparé à celui que nous passons à vérifier, modéliser ou corriger les données. Nous touchons là aux limites de l’infrastructure digitale…

Malgré tout, celle-ci est là pour rester, et son expansion représente une immense opportunité d’affronter les défis de notre ère, du changement climatique à la pénurie des ressources. S’il y a une valeur économique et scientifique indéniable à dégager de sa construction, ses bénéfices sociaux et environnementaux sont, en revanche, beaucoup plus incertains. Est-ce le meilleur outil à notre disposition pour concevoir un aménagement urbain durable, un bâtiment prêt pour le monde de 2050, une infrastructure qui permet à un territoire de décarboner son économie ?

Peut-être devrions-nous commencer par nous appuyer davantage sur des modèles basiques, simples mais compréhensibles et pragmatiques. Parce que les situations que nous traitons sont parfois complexes et nécessitent des outils et des réponses adaptés, nous pourrons bien entendu continuer à développer nos infrastructures in silico, mais toujours en cherchant à équilibrer leurs bénéfices avec leur complexité et leur empreinte écologique.

La révolution numérique doit être plus qu’un simple moyen de stocker et de déplacer des données dans un réseau complexe de procédures et de participants. Son but est avant tout de fournir des informations utiles au processus de conception et à ses divers acteurs, qu’il s’agisse du client, de l’architecte, de l’ingénieur ou de l’usager final. L’une des clés pour l’avenir sera de concevoir de meilleures interfaces utilisateurs – base de données pour parfaire nos modélisations numériques de bâtiments ou de villes. A nous de jouer !

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